La Cathédrale de Genève

En 1862, la ville de Genève offrit à la communauté orthodoxe [1] une parcelle de terrain pour y édifier une église sur l’emplacement même d’un ancien cimetière paléo-chrétien et où se dressait, jusqu’au XVe siècle, le couvent Saint-Victor.

Grâce à l’énergie de l’archiprêtre Athanase Pétroff, les fonds nécessaires furent rassemblés en Russie et cette belle église fut construite. On prétend que l’église doit son aspect à une idée de S.A.I. la grande-duchesse Marie, fille aînée de l’empereur Nicolas Ier; les plans détaillés sont de David Ivanovitch Grimm, professeur d’architecture à l’Académie impériale des Beaux-Arts à Saint-Pétersbourg; les travaux furent dirigés par Jean-Pierre Guillebaud, architecte, de Genève.

La pose de la première pierre eut lieu le 14/26 septembre 1863, et trois ans plus tard, le 14/26 septembre 1866, l’église fut consacrée sous le vocable de l’Exaltation de la Sainte Croix [2]. En 1916, lors du cinquantenaire de l’église, à l’initiative de l’archiprêtre Serge Orloff les trois nefs furent considérablement agrandies, et un clocher abritant un carillon de cinq cloches fut ajouté au-dessus du porche central.

L’église, conçue dans le style moscovite ancien, est bâtie en pierres provenant des carrières suisses. Ses murs sont ornés à l’extérieur de grandes croix encastrées en marbre gris; elle est surmontée de neuf coupoles dorées. Le charme extérieur de cette église, est complété par un jardinet où fleurs et arbustes mêlent heureusement leurs feuillages et leurs couleurs.

L’édifice se compose d’une nef principale, surmontée d’un dôme, et de deux bas-côtés, séparés de la nef par six piliers massifs avec des faisceaux de colonnes engagées. On accède à l’intérieur de l’édifice par un porche; la nef et les bas-côtés sont précédés d’un narthex.

La décoration des murs, conçue en style russe ancien inspiré de l’art byzantin (rinceaux de fleurs et de feuillage, ornements géométriques et monogramme grec du Christ «XP») présente une belle harmonie de couleurs; les voûtes des bas-côtés sont parsemées d’étoiles d’or sur fond bleu. Toute cette ornementation est l’œuvre du peintre Joseph Benzoni, de Lugano.

La fresque de la coupole centrale représente, sur un fond d’or, entouré d’une frise de séraphins, le Christ Tout-Puissant, bénissant de la main droite et tenant de la gauche le globe terrestre. Les quatre encoignures des pendentifs soutenant la coupole sont sommées des effigies des évangélistes accompagnés des symboles de la vision d’Ezéchiel: l’aigle, le bœuf, le lion et l’ange. Les figures du Sauveur, des séraphins et des évangélistes ont été peintes par le professeur Giacomo Donati, de Lugano.

Les deux grandes icônes de l’iconostase, à droite et à gauche de la Porte Sainte, représentant le Christ et la Mère de Dieu, sont l’œuvre de Nicolas Kochéleff, peintre connu, membre de l’Académie impériale des Beaux-Arts à Saint-Pétersbourg. Dans des encadrements de marbre blanc richement sculpté se trouvent, à droite, l’icône de la Vierge du Prompt Secours, et à gauche, celle de saint Pantéléimon; ces deux icônes furent offertes à l’église de Genève par les moines russes du Mont-Athos.

Les murs et les piliers de l’église sont ornés de nombreuses icônes, dont certaines sont très anciennes et fort belles. Citons, entre autres, notamment: une icône de Mère de Dieu de Tikhvine dans une châsse admirablement ouvragée (début du XVIIe s.); à côté de la table consacrée aux prières pour les défunts se trouve une grande icône représentant la Mère de Dieu avec des scènes de sa vie ainsi que le début de l’hymne acathiste qui lui est consacré (XVIIIe s.); une icône de la Sainte-Face, extrêmement belle (XVIe siècle), une icône de la Vierge du Signe de Novgorod, entourée de quatre saints, dans une admirable châsse d’argent (XVIIe siècle).

Dans la partie de droite du narthex, se trouve le tombeau de deux évêques, Mgr Léonty, évêque de Genève qui administra les paroisses suisses de 1950 à 1956, ainsi que de son frère Mgr Antony, archevêque de Genève et d’Europe occidentale de 1957 à 1993.

Notes

[1] La première paroisse orthodoxe russe en Suisse, constituée à Berne en vertu d’un décret impérial daté du 24 décembre 1816, eut à sa tête les prêtres suivants: de février 1817 à 1830, le prêtre Basile Razoumovsky; de 1830 à 1832, le prêtre Siméon Krasnotsvétoff; de 1832 à 1836, le prêtre Jean Goulaieff; de 1836 à 1838, le prêtre Jean Gratsiansky; de 1838 à 1847, le prêtrePère Léon Katchénovsky (archiprêtre depuis 1842); de mai 1847 à 1848, le prêtre Basile Polissadoff. De 1848 à 1854, l’église russe de Berne fut fermée pour des raisons politiques. En novembre 1854, la paroisse fut transférée à Genève, et jusqu’en septembre 1866, les offices furent célébrés dans une maison particulière de la rue des Eaux-Vives par l'archiprêtre Arsène Soudakoff, auquel succéda ensuite l'archiprêtre Athanase Pétroff.


[2] Depuis sa fondation, la paroisse orthodoxe russe de Genève a eu à sa tête les prêtres suivants: de novembre 1854 à 1856, l'archiprêtre Arsène Soudakoff, de 1856 à 1883, l'archiprêtre Athanase Pétroff; de 1883 à 1901, l'archiprêtre Dimitry Opotsky; de 1901 à 1903, l'archiprêtre Nicolas Apraxine; de 1903 à 1905, l'archiprêtre Alexandre Smirnopoulo; de 1905 à 1944, l'archiprêtre Serge Orloff, personnalité très attachante qui a déployé pendant son long ministère une activité sacerdotale intense et féconde dont le souvenir est resté vivant à Genève; de 1950 à 1956, Mgr Léonty (Bartochevitch), évêque de Genève, auquel étaient subordonnées les autres églises orthodoxes russes de Suisse (Berne, Zürich, Lausanne, Vevey, etc.), assisté pendant la célébration des offices par l'archiprêtre Avenir Diakoff. Après le décès subit de Mgr Léonty, c’est son frère, Mgr Antony, d’abord évêque de Genève puis archevêque de Genève et d’Europe occidentale, qui fut le recteur de la paroisse, assisté par l'archiprêtre Georges Samkoff, auquel succéda, en 1974, le prêtre Paul Tzvetkoff (archiprêtre depuis 1988). De 1993 à 2006, Mgr Ambroise (Cantacuzène), évêque de Vevey (en 2000–2003 évêque de Genève) fut recteur de la Cathédrale. Depuis septembre 2006, cette fonction est assurée par Mgr Michel (Donskoff), évêque (dès 2011 - archevêque) de Genève et d’Europe occidentale.